Rembobinage… interdit par le droit d'auteur

En cherchant des éléments pour nos articles à venir sur le piratage et le droit d’auteur, nous sommes tombés sur cette pépite : le site Mixcloud vient de se voir interdire… de ses fichiers audios. Nous allons déborder un peu du cinéma aujourd’hui pour cette affaire qui concerne plutôt la , car l’événement vaut le coup de se pencher dessus.

C’est un site moyennement connu dans notre pays, mais il peut se targuer d’être utilisé par Barack Obama depuis son lancement en 2008. Souvenons-nous de cette année : vient justement d’être élu – « grâce à l’ » peut-on lire partout –, Google lance tout juste Android un an après le succès du premier iPhone, Free Mobile et la TNT n’existent pas encore… En ces temps obscurs, l’essence des « grandes » radios consiste à répéter quotidiennement les mêmes trois tubes du moment entrecoupés de vastes tunnels publicitaires. Le podcasting est bien apparu en 2007 mais il n’a encore, à ce moment, que des prétentions pédagogiques. Deux entrepreneurs se disent alors que cet âge préhistorique n’a que trop durer…

Ils décident alors de lancer le site sous la forme d’une plateforme de d’émissions audios ouverte à tous. Vous avez une connaissance sans fin du répertoire musical composé pour le Thérémine ? Vous avez enregistré un incroyable DJ set consacré au retour de l’eurodance ? Vous avez une conférence à propos de l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites ? Ce site vous permet de mettre en ligne vos enregistrements audios, quels qu’ils soient, et de les faire écouter au plus grand nombre  grâce à la diffusion en ligne.

Jusqu’ici, l’histoire de nos chers entrepreneurs semble munie d’un horizon radieux. Certes, pour rester en conformité avec les législations en vigueur, ils ont dû se limiter au et interdire le téléchargement direct des fichiers, contrairement à ce que fait Apple via iTunes par exemple. C’est déjà une contrainte importante dont une majeure partie des internautes ne s’offusquent pourtant pas et qui a même fait le succès d’autres plateformes. Mais est-ce si anodin ?

Remontons encore dans nos souvenirs à l’époque où les cassettes étaient reines. Qu’elles fussent vidéo ou audio, nous nous en sommes tous servis pour émissions, films, séries, disques, compilations… Le terme mixtape, littéralement compilation sur est d’ailleurs resté dans le vocabulaire malgré la disparition quasi complète de ces supports. La comparaison est simple : imposer le streaming à notre époque serait revenu à interdire l’enregistrement sur cassettes. Sous prétexte que les œuvres originales appartiennent à quelques sociétés, celles-ci réussissent à s’immiscer dans le « cercle familial » et nous empêcher toute trace de l’œuvre qui ne viendrait pas directement d’eux… Et qui, au passage, les priverait de leur sacro-sainte redevance.

La deuxième embûche qui vient de s’abattre sur nos gentils créateurs est donc celle qui fait le titre de cet article : les ayant droits ont récemment réclamé – et obtenu – la suppression du rembobinage des émissions, ou son équivalent numérique. Vous n’avez plus qu’à supprimer le bouton rembobiner et avancer de votre lecteur de cassettes pour continuer la comparaison. Là encore, pour une évidente question d’argent. Sommes-nous vraiment, là, dans une protection des auteurs ? C’est pourtant l’application de lois ayant une telle visée qui permet ces événements.

Pour une approche exhaustive de ces dérives au quotidien, suivez les pages Copyright Madness de Numerama.