Get up, stand up

Il y a, d’abord, tous ces philosophes, forcément barrés, qui ne pouvaient penser qu’en marchant : et ses péripatéticiens, Kant et son immuable marche quotidienne, Rousseau, Nietzsche, Kierkegaard… Il ne faut pas oublier non plus, comme le rappelle Daniel Girardin, ces autres artistes, à peine plus sains d’esprit, tout dévoués à marcher : les surréalistes, Rimbaud… Il y a cet qui, lors de sa dernière conférence, pourtant feutrée, resta debout toute l’heure et demie, et il fut brillant. Il y a cette distance moyenne parcourue à pied, chaque jour, par l’être humain et qui a été divisée par quatre en un siècle. Enfin, il y a ce grand avertissement qui commence à prendre de l’ampleur : «  ».

Bref, nous allons parler de marche à pied. Que savons-nous d’elle ? L’Observatoire du Mouvement, dans leur lettre d’information consacrée à la marche, dit, en substance, de la marche bipède développée par l’être humain : c’est fichtrement complexe et fort révélateur de chacun. Tout bon scénariste aura noté comme la démarche d’une personne caractérise un personnage (ou un vrai être humain évidemment). Autre exemple, les personnes en phase dépressive réduisent naturellement la taille de leur enjambée non pas de 1, de 2, ni de 3 mais de… 15 % ! Et leur vitesse moyenne de 20 % !

Si la marche est ainsi-tant corrélée au psychisme humain, je vous convaincrai facilement du même lien en réaction. Ainsi, lorsque l’on bloque sur une séquence, lorsque l’on cherche l’inspiration, lorsque l’on a l’impression d’avoir bouclé une histoire, il n’y a plus qu’à sortir et marcher. Et pas pour aller chercher le pain, non, mais une, deux ou trois heures, dix ou vingt bornes sans sourciller. À l’opposé d’une perte de temps, c’est le seul moyen de prendre du recul et d’avancer littéralement sur nos projets. D’où ces habitudes philosophico-artistiques et ces injonctions quasi-médicales à marcher. Le monteur Mathias Mafre me rapportait ne plus se déplacer qu’à pied, Paris se traversant par exemple en deux bonnes heures selon l’orientation cardinale.

Mais l’idée n’est pas de parler de moyen de transport, surtout à Paris. Le sens de l’actuel mouvement américain contre la position assise est, avant tout, d’informer sur les détériorations que celle-ci, prolongée, provoque sur le plan physique. Le Washington Post résume tout ça en une belle infographie comme la mode actuelle et les encyclopédies médicales les aiment :

Il se dégage de ces faits cette maxime, indispensable à tout scénariste ou réalisateur le temps de l’  et qui devrait être placardée au-dessus des 22 règles de Pixar ou du monomythe de Joseph Campbell : bougeons-nous ! Et même, tant qu’à y être : ne nous asseyons jamais. La position assise devrait être complètement proscrite de nos environnements. D’une part, parce que, donc, elle nous tue. Et, d’autre part, parce que la position debout est bien plus stimulante intellectuellement. Garde à vous !

PS : ne me dites pas que vous n’arrivez pas à vous s’installer un debout, je serais sinon obligé de venir vous le faire pour un tarif prohibitif.

Et vous, qu’elle posture adoptez-vous dans la création ?