L'Argent

Malgré ce tabou congénital de notre pays, nous nous attaquons aujourd’hui au nerf de la guerre dans le royaume cinématographique : l’. Grâce à deux rapports sortis récemment et trois diagrammes léchés, vous allez enfin tout comprendre des tenants et des aboutissants des financements de l’industrie du film dans notre beau pays.

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Un film coûte de l’argent, soit. Pourquoi ? Le diagramme ci-dessus résume les principaux postes de dépense sur les films français sortis, avec leur évolution entre 2003 et 2012. D’où surgit l’inévitable vérité : un film, ce sont d’abord des humains. Et cette manie de vouloir payer les gens pour leur travail provoque plus des deux tiers des dépenses du film. La majeure partie revient à l’ensemble de l’équipe, ces « intermittents privilégiés » comme dit une certaine presse. À noter la part des producteurs, qui inclue leur frais annuels de structure et qui semblent moins élevée que l’image de nababs qu’on peut en avoir. À noter, surtout, la part éminemment forte des cachets de comédiens, qui se cantonne surtout au rôle des stars. Pour rester poli, on parle des gens « au-dessus de la ligne » et de ceux « en-dessous de la ligne » : en moyenne, la rémunération de deux ou trois stars dépasse 60% du coût total de l’interprétation. Dont acte.

Les Financements

Pour couvrir de telles dépenses indécentes, il faut des financeurs. Ce joli camembert donne une idée de la complexité du montage financier : sept types de sources de sont possibles, et chacune contient une multitude d’acteurs. Les télévisions sont notamment de gros par choix ou par obligation : Canal + doit par exemple consacrer chaque année 12,5 % de son chiffre d’affaires au cinéma. Pour ceux qui ralent parce que vos impôts paieraient notre cinéma, rassurez-vous : le gros des aides publiques vient de taxes imposées : taxe sur les entrées (10,72 % du prix du billet), sur les services de et sur la vente et la location. Il reste moins de 4 % réellement issus d’aides publiques et cette part n’est pas en hausse. Il serait temps de comparer cela aux aides que recoivent par exemple les secteurs de l’automobile ou de la presse pour savoir qui sont les privilégiés.

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Enfin, voilà très simplement la répartition des différentes recettes liées au film. C’est peut-être ce graphique qui est le plus problématique à l’heure actuelle : les recettes des salles restent à peu près stables mais avec un public vieillissant bien plus vite que la population, et la part vidéo/VàD s’effondre aussi. Et il reste surtout, au final, chaque année, cette catégorie étrange que l’on comprendra facilement : celle des pertes. Car, oui, le cinéma perd chaque année de l’argent, et ce sont vos impôts qui les payent les différents acteurs, producteurs, distributeurs, institutions et chaînes TV qui se chargent de les résorber.

En bonus, pour présager d’un avenir radieux, voilà l’évolution du nombre de films diffusés chaque année par les chaînes TV. La petite qui monte n’est donc pas celle que l’on croit.

Les chiffres viennent du rapport sur Le financement de la production et de la distribution cinématographiques à l’heure du numérique établi par René Bonell, et de celui sur L'économie des films français, tous deux publiés par le CNC.