Des vagues et des amazones

Les rebondissements ne cessent leurs bonds entre critiques et féministes et professionnels de la profession. Si les ont massivement préoccupé le devant de la scène médiatique sur ce sujet, les échanges entre critiques et féministes ont allumé un feu de mots qui semble bien difficile à étouffer. D’un côté, les gardiens du temple cinéphile, l’écume d’une « nouvelle » vague tout juste déchue de son poste d’oracle du cinéma d’Auteur, les Cahiers du cinéma. De l’autre, une troisième vague de militantisme féministe bien décidée, cette fois, à en découdre avec le male gaze et le patriarcat féminicide  que ce soit factuellement ou symboliquement.

Chacun reste arrimé solidement à l’étendard de ses croyances : en figure de proue, Iris Brey tente d’élaborer une théorie du female gaze qui permettrait au cinéma de s’émanciper vers de nouveaux monts féminiphiles. Dans une réponse cinglante comme une tornade bretonne, Delorme retoque ces tentatives sans le moindre sourcillement. Cela rappelle les débats sur la féminisation de la langue française, urgente de plusieurs siècles de masculinisme éhonté mais dont certaines propositions n’échappent à la lame acérée d’une langue essentialisée.

Surtout, les deux bords semblent omettre conjointement le gras de ce problème gordien : prendre en compte les conditions socio-historiques de production des films. L’écueil de l’analyse critique en tant que subversion du patriarcat est patent, mais trouver en face un film comme Wonder Woman en référence choque également. Une analyse plus approfondie de ces gageures est rassemblée sur .

Ce qui manque cruellement à ces joutes est la prise en compte des conditions de production: il n’est pas question ici d’une simple parité comptable mais de concevoir un cadre qui serait réellement émincé de toute structure de domination, de pouvoir et de valorisation. C’est notamment le cas de , créatrice justement de l’expression male gaze, dont le documentaire sur les amazones, Penthesilea est d’un étonnement rare.