Sorties du 29 octobre 2014

Comme disait l’autre météore surévalué, « tout le monde a deux métiers : le sien et de cinéma ». Et pourtant, souvenez-vous de votre dernière au cinéma : arrivé devant les panneaux rétro-éclairés qui font office d’affiche, vous avez tant hésité sur le film à voir que vous avez failli loupé la séance. Votre emploi du temps effréné vous avait empêché de décortiquer les cent quarante pages mensuelles de Positif et de vous faire votre propre avis.

Pour résoudre ce drame quotidien, nous vous offrons cette rubrique hebdomadaire Le film à (ne pas) voir, qui se penche sur les nouveaux films à l’affiche… de manière radicale. Volontairement, notre choix se limitera à uniquement deux films : celui qu’il faut absolument voir, et celui qu’il faut impérativement fuir. Mais, comme nous ne sommes pas critique professionnel, nous ne sommes pas invité aux projections presse et devons donc avouer, non, que nous n’avons pas (encore) vu les films dont nous parlons.

Le film à voir : de

Qui est Tobe Hooper ?

À l’époque de la sortie du film, en 1974, Tobe Hooper était un inconnu complet : professeur d’université et cadreur de quelques documentaires, il crée l’événement avec un film polémique, interdit de sortie en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et qui va révolutionner l’industrie hollywoodienne. Tourné avec un casting d’étudiants, d’amateurs dévoués et un producteur mafieux au cours de l’un des étés les plus chauds du , ce film lancera Tobe Hooper dans le monde des majors : par la suite, il tournera notamment avec la Cannon dont nous parlions la semaine dernière, puis s’unira avec pour tourner ce qui sera son plus grand – et dernier ? – succès, Poltergeist. Quarante ans après, la ressortie de Massacre à la tronçonneuse permet de raviver les nombreuses légendes qui tournent autour de son tournage dantesque, mais aussi de rappeler le génie de sa mise en scène et, notamment, son absence – relative – d’effets dont beaucoup de films pourraient s’inspirer de nos jours.

Pourquoi faut-il aller voir Massacre à la tronçonneuse ?

On ne peut éviter de mentionner, d’abord, quelques-unes des nombreuses anecdotes que véhicule ce tournage réalisé avec aussi peu de moyens que de bonnes intentions : le t-shirt en un seul exemplaire du massacreur en titre, qu’il a dû porter qiatre semaines d’affilée sous une canicule estivale ; les origines mafieuses du producteur-distributeur qui a tenté de s’accaparer tous les profits du film sans presque payer les techniciens ; les nombreux plans où le vrai sang des comédiens vient se mêler au sang truqué ; le témoignage d’un des comédiens principaux qui ramène cette expérience à ses années de guerre au Vietnam–  on vous laisse deviner celle qu’il a préférée…

Mais se contenter de cette factuelle serait oublier la force de ce film que tout le monde, fan de cinéma gore ou pas, se doit d’avoir vu… à partir d’un certain âge, certes. D’abord, malgré tout ce qu’il vient d’être dit, le film ne montre qu’une seule découpe avec l’engin éponyme et qui concerne l’un des membres de cette famille dégénérée. D’ailleurs, il compte seulement une trentaine de morts, ce qui le classe dans le bas du classement des films du même genre. S’il a ouvert un véritable sous-genre du film d’horreur à tronçonneuse, ses influences sont bien davantage du côté d’Hitchcock (époque Psychose évidemment dont les deux s’inspirent du même fait divers) ou de Pasolini (dont le Salo sortira l’année suivante). Réflexion sur l’abandon de classes de la population américaine, ruinée par un système politique qui ne les laisse vivre que dans des abattoirs abandonnés. À s’en demander, au final, qui sont les plus dégénérés.

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