Note sur l'intention

Le cinéma partage, avec l’, qu’il est pavé d’intentions, bonnes ou mauvaises : tout se doit d’être accompagné d’une note d’une page ou deux précisant les intentions du film. Le problème pour les auteurs, à ce stade, est de ne pas tomber en enfer. Celui pour les lecteurs de scénarios, comme pour ceux de ce blog, est de ne pas décrocher avant la fin du texte.

Cette formalité qui semble très technique peut se révéler a posteriori captivante pour ceux qui regardent des films. Il y a les notes rebelles, comme celle de Pater d’ ou celle du Napoléon de .

Prenez sinon le film Enter The Void, difficile à défendre en lui-même, si ce n’est pour son générique hallucinant : sa note d’intention est lisible ici, limpide et intrigante, et explique parfaitement le pourquoi du film. Et peut-être aussi son échec.

La pour les auteurs est de se plaindre de cette contrainte. Le scénariste Denys Corel s’est ainsi amusé à écrire une lettre d’intention passe-partout qui fait affleurer le problème que soulève cette note. Il faut comprendre que cette rédaction vient à un moment on ne peut plus mauvais : la version définitive du scénario vient d’être achevée après des mois années d’écriture et de recherche et les auteurs n’ont que pour seule obsession de descendre dans la rue, d’aller sur le terrain, mettre les mains dans le camboui et faire exister le film. Las, c’est à ce moment qui leur est exigé de se remettre à écrire une note d’intention.

Dans un entretien très pertinent que le G.R.E.C a publié, la scénariste Catherine Foussadier explique bien l’enjeu de ce texte :

La note d’intention doit être le lien entre le scénario et le tournage. Elle n’est pas faite pour donner des explications sur la psychologie des personnages ou sur le bien fondé d’un propos mais sur l’ de cinéma.

Cela paraît tautologique dans la mesure où, chronologiquement, la rédaction de cette note se fait généralement entre le scénario et le tournage. Cependant, le scénariste John Truby recommande pertinemment dans son livre référence, L’Anatomie du scénario, d’en entreprendre la rédaction bien avant la version définitive du scénario : clairement, connaître « l’envie de cinéma » que l’on désire ne peut qu’aider à l’écrire.

Ce qui est intéressant dans les notes d’intention c’est ce qui ramène à l’aventure cinématographique. Pourquoi ce qui agit un auteur mériterait ce déploiement extraordinaire du cinéma ? Pourquoi déclencher tout le processus de réalisation du film, y compris faire travailler des gens à moindre coût (dans le cadre des courts métrages) ?

Il y a bien sûr des méthodes et des choses à ne pas faire pour écrire cette note, mais ce n’est finalement pas là le point fondamental, et « chacun doit s’approprier la forme, chacun a droit à son humeur, son insolence, ses questions ». Le plus important, surtout, est de se poser cette question fondamentale, vitale, sur son « vrai de cinéma », « même si aucune réponse n’est encore donnée ».

Et vous, quel désir de cinéma éprouvez-vous ?