Vertige du haut d’une bulle

Ce matin, c’est le vénérable Télérama qui s’y colle avec leur nouveau des cent meilleurs films de l’histoire du cinéma – 110 en fait –, avec force diagrammes, auto-analyse et explications pour arriver à la consécration de… Vertigo. Il est peut-être bon de rappeler les raisons de crier à l’absurdité et la fallaciosité de ces classements, et de celui-là en particulier.

Vertige du haut de sa bulle.

C’est là une situation bien cocasse si on y réfléchit : le journal croit avoir fait preuve de « fraîcheur, de renouvellement – d’audace, parfois », auto-persuadé de s’être « débarassé de ses clichés » tenaces. Outre la consécration d’un film déjà largement consacré – encore en 2012 dans le classement qu’établit tous les dix ans le British Film Institute via sa revue Sight and Sound –, le classicisme de cette , tout-à-fait respectable lorsqu’il est assumé, sautera aux yeux de toute personne étrangère au cercle des participants de cette affaire. D’ailleurs, il est intéressant de noter que pour de nombreux réalisateurs – parmi lesquels Hitchcock, Godard, Ophüls, Bergman, Tarkovski, Pialat… – sont retenus leurs films les plus classiques, de milieu ou fin de carrière, plutôt que des œuvres précédentes souvent plus radicales.

Des classements en 2016 ?

Car, au-delà des inévitables querelles de chapelle, c’est la question même de faire – encore – des classements que nous contestons. C’est d’ailleurs une opinion qui ne cesse de se développer depuis les travaux d’une certaine Maria Montessori – qui datent de 1907, quand même… – : les classements sont choses inutiles et dangereuses. Ne traitant pas de pédagogie, nous admettrons ce résultat tel quel et reprendrons, à l’inverse, l’intérêt vertigineux des listes que soulignait brillamment l’immense Umberto Eco.

Des classements sur  ?

Nous sommes au vingt-et-unième siècle et communiquons principalement grâce à l’informatique. , le premier, est bien présent sur les réseaux en ligne non sans réussite. L’une des caractéristiques fortes de ce medium est de tout enregistrer, logger pourrait-on dire en franglais. D’où la profusion de sites permettant d’enregistrer – voire de noter – tous les films que l’on voit. C’est une pratique à laquelle je m’astreins joyeusement, faisant suivre chacun de mes visionnages d’une note sur mon profil IMDb. Ce système m’a permis de sortir en une dizaine de secondes ce classement en tête de cet article, ce que pourrait donc faire également, par des systèmes analogues et même en temps réel, la rédaction du quotidien. L’événementialisation de la sortie de classement est donc devenu presque anachronique.

Je sens poindre en vous l’envie de me faire pointer une contradiction apparente entre les premier et dernier points que j’ai soulevés. Ma réponse tiendra aussi en trois points : d’abord, vous admettrez l’aspect illisible que j’ai volontairement donné à l’image d’en-tête, alors que celle-ci existe pourtant en grand ici et en détails . Ensuite, vous réaliserez que, dans ces détails, vous n’avez pas accès aux notes que j’ai établies. En effet, plutôt que de mener à un classement strict, leur intérêt réside davantage en cette segmentation des films qu’elle propose, basée sur l’impression laissé immédiatement après la sortie, qui est cependant correctible ultérieurement. Il y a des films dont je vous imposerai bien la vision, d’autres que je vous recommanderai et – beaucoup – d’autres dont je vous dispense. Ce que fait très bien, soit dit en passant, l’historique Ulysse de la revue. Enfin, l’autre force de cette démarche n’est pas réellement dans ces notes, mais bien plutôt dans la possibilité qu’elles permettent de pallier les défaillances de ma très humaine mémoire, et de pouvoir partager facilement, tout le temps, la liste de mes films de chevet. C’est peut-être ça, finalement, le transhumanisme dont rêvent certains…