C'est dans la poche

Voilà la vidéo qui fait sensation ces derniers : mélange de vues entièrement tournées au téléphone et de vues d’interfaces de ce même objet, ce film tente de narrer une comme snappée en 2019, calibrée pour la génération XYZ post-numérique-natif, à voir, évidemment, sur le même type d’appareil muni d’écouteurs bleudentés. Tout comme Noah avant, l’histoire est un banal « garçon rencontre fille » bien hétéronormé où le mec blanc cisgenre n’a d’yeux bovins que pour sa pucelle de gibier, métissée comme il faut pour y ajouter une pointe d’exotisme que les plus orientalistes des peintres ne renieraient pas.

Si, récemment, un certain Soderbergh tente d’améliorer la moyenne très moyenne de son œuvre avec le même type de moyens de tournage — ses deux derniers films sont tournés « entièrement » à l’iPhone 7+® si l’on omet l’utilisation d’objectifs spéciaux, de machinerie, de logiciels et de micros supplémentaires apportant de « légères » améliorations techniques —, il manque à y trouver tout autre supplément d’âme que le seul prétexte à filmer en très grand angle — ce que l’autre pubard parvenait d’ailleurs-bien-mieux à faire, en pelloche qui plus est, dans son dernier échec.

Mais il manque l’essentiel à ces dispositifs : l’. La «  », on l’oublie souvent, revient littéralement à re-politiser la démarche des auteurs. Les mouvements cinématographiques des années cinquante puis soixante ne se sont pas contentés d’ajouter quelques tremblements de caméra épaule au cinéma classique moribond de l’époque. Ils ont aussi rejeté les grands studios et leur économie, sont sortis dans les décors naturels quelles qu’en fussent leurs ombres et leurs lumières, se sont intéressés aux précaires, aux anonymes, aux sans dents, et ont même procédé, dans le meilleur des cas, à une subversion de l’immonde formatage audiovisuel pour atteindre à une nouvelle forme de récit sur l’humanité, l’histoire et le temps.

Ce n’est pas le seul dispositif technique qui doit changer pour profiter des dernières créations militaires qui nous inondent. C’est tout un nouveau mo(n)de d’énonciation à trouver. Il va falloir, enfin, tenir compte de l’inédite puissance de médiation que chacun possède à chaque instant, depuis quelques années à peine, qui gît au fond de nos poches et qui met en péril la plupart des formes de narration éprouvées depuis les débuts du cinématographe en même temps que — soyons rêveurs — les grands requins de la télévision. En même temps que ces objets risquent de vite remplacer les — très — chères caméras actuelles, la fiction doit à nouveau « servir de laboratoire pour des expériences de pensée en nombre illimité » et trouver de nouvelles formes de récit dignes de son époque.

Hélas, alors qu’explose ce nouveau défi colossal, certaine critique ratiocine à lire l’avenir du septième art dans la lobotomie publicitaire ; et le dernier héraut de la French quali a « l’incroyable » culot de plomber le plus communiste des acteurs parisiens sous les inepties poudrées du plus sordide des queutards vénitiens. Heureusement, certain en revient aux bonnes sources :