La nouvelle a été largement relayée la semaine dernière par les différents sites parlant de nouvelles technologies : la société Condition One vient de mettre en ligne le trailer de ce qui est présenté comme le premier documentaire en immersion complète. Au-delà, encore, des promesses que nous avons évoquées et encore actualisées à propos de la GoPro, nous ne pouvons passer à côté de cet étonnant objet.

Au commencement, donc dans les années 60, se développe l’idée d’environnements virtuels, notamment sous la forme de casques de visualisation. Ces recherches scientifico-techniques ont ensuite été améliorées pour permettre, par exemple, ce joli objet de 1982.

Dans cette époque bénite des années 80, le a, lui aussi, voulu s’approprier le monde de la , non sans générer par exemple ce prodige technologique que je ne peux m’empêcher de vous rappeler : le PowerGlove.

Après ces nombreux échecs commerciaux, l’intrusion de l’art contemporain dans cette brève histoire, sans oublier quelques nanars pour rendre hommage à tout cela, s’est mise à développer plusieurs modèles de casques de réalité virtuelle. Mais – une fois de plus ? – elle s’est faite griller la priorité médiatique par la société Oculus VR qui a rencontré dernièrement un franc succès et plus de deux millions de dollars avec son premier produit, encore en développement : le Rift. L’actuel casque prototype ressemble à celui de l’image de gauche, mais ne tardera pas à s’embellir pour ressembler à celui de droite – enfin, c’est ce qu’ils ont promis.

Nous sommes alors–enfin ramenés au trailer en tête de cet article : profitant des exemplaires de développement du , Condition One se lance dans le monde de la production cinématographique de réalité virtuelle. Et nous sommes plusieurs à suivre cette annonce avec grand intérêt.

Clairement, le cinéma a des intérêts à défendre avec ce nouvel outil. C’est, déjà, un moyen surpuissant, voire ultime – et bien meilleur que l’Odorama – de décupler cette impression de réalité qu’atteint, historiquement, toute projection de film. Mais le cinéma se différencie nettement du jeu vidéo ou de l’univers industriel par l’absence complète d’interaction entre le public et l’œuvre : pas besoin de gants ni d’autres éléments sur le reste du corps, le cinéma est une question, bien sûr, de et d’ouïe.

Se pose évidemment la difficile question du et du point de vue, matériel, de la caméra : très rapidement dans l’histoire du cinéma, ces notions sont apparues comme proéminentes et essentielles à l’art du réalisateur – bien entouré de son équipe. Tout comme en peinture, le but est de diriger le regard du spectateur vers des zones particulières, ou au contraire de le laisser flotter à sa guise tout au long de l’image. Avec un , c’est là une dimension fondamentale qui se perd en partie : le spectateur devient son propre cadreur, et choisit là où regarder. Cependant, le film reste maître de sa destinée : les personnages, la et le rythme des péripéties peuvent rester complètement indépendantes de la volonté du spectateur. Et, privé de ses jambes, le spectateur ne peut que subir là où le réalisateur décide de l’emmener. Cela permettrait, donc, de constituer une expérience véritablement cinématographique.

Une fois cette promesse de film, esquissée par , avérée, il ne resterait plus qu’aux cinéastes à re-inventer une bonne partie de ce qui est appellé abusivement la grammaire du cinéma. Certes, ce serait un défi d’une certaine taille, mais ne donnerait-il pas enfin du grain à moudre au deuxième siècle de cet art à peine entamé ?

Et vous, combien auriez-vous donné pour le cofinancement du Rift ?