Humaine nature

C’est la polémique qui vient troubler ces vacances de la Toussaint, souvent signe de sorties cinématographiques familiales : la nouvelle adaptation du film Bambi, l'histoire d'une vie dans les bois contreviendrait au bien-être des animaux mis en scène à l’écran. Sans pouvoir encore juger de la réussite de cette œuvre que le public semble largement plébisciter, la teneur des arguments avancés par l’association PAZ, à l’initiative de cette revendication, nous laisse pantois.

Comme Raymond Bellour le détaille dans son passionnant livre Le Corps du cinéma, dès ses origines, de Tarzan à Océans, le septième art a tissé de passionnants liens avec le monde animal. À ce titre, cette relecture du célèbre conte s’est voulue particulièrement respectueuse du bien-être de ses « comédiens » animaux, qui auraient été « mieux considérés que beaucoup d’humains » d’après la coach animalière, Muriel Bec, embauchée sur le projet. L’animal a même été soigné après le tournage d’une maladie qui le condamnait, dans des conditions que nos hôpitaux actuels ne peuvent même plus nous garantir.

L’association estime également que l’utilisation d’animaux pourtant élevés avec les meilleurs soins possibles ne rendrait point justice à l’éthique de son écrivain original et son histoire la plus connue. Le Monde rapporte pourtant que celui-ci, avant tout, était un chasseur invétéré, qui met au même plan cruautés humaine et animale sans séparatisme spécifique. Les revendications de PAZ, elles, revendiquent clairement une séparation qui exclut l’humain de la Nature, alors que, comme le rappelle judicieusement Alessandro Pignocchi, c’est cette distinction même qui pose de nombreux problèmes. De plus, elles relèvent d’une moralisation outrancière qui la rattache à ce mouvement de bien-pensance stérilisante qui semble affecter différents courants qui se disent pourtant progressistes.

Enfin, surtout, PAZ met en avant le « choix politique de recourir à des images de synthèse ». C’est là que nos connaissances du médium cinématographique font hérisser brutalement ce qui nous reste de pelage : d’une part, la différence entre images de synthèse et images documentaires, cette vallée de l'étrangeté déjà évoquée, maintient une distinction claire entre les films d’animation et les films en prises de vue réelles que même les plus gros studios hollywoodiens n’osent plus braver. D’autre part, l’empreinte écologique de telles productions est astronomique, s’appuyant sur un déploiement de technologies informatiques hors normes et autrement plus nuisible à la Nature que l’utilisation de quelques animaux choyés et respectés. Alors, oui, toute création artistique, cinématographique notamment, est une débauche de peines et de moyens, de sang et de larmes, qui peuvent paraître du pur gaspillage. Mais qui, curieusement, se pratique depuis les temps préhistoriques