Effets normaux

Cette vidéo bien fichue reprend rapidement 30 ans d’ des meilleurs effets spéciaux avec des extraits de tous les films ayant remporté le prix depuis sa création. La tendance écrasante est, comme le disait notre cher Baron : « plus haut, plus vite, plus fort ». L’essence de la progression des effets visuels (ou ), de Georges (Méliès) à George (Lucas), a ainsi, surtout et toujours été de repousser les limites de l’imaginaire. Plus loin, plus fort, plus fou. Mais jusqu’à où ?

Prenons cette hécatombe de blockbusters, destruction porns et autres débauches d’effets irréels qui sortent chaque été. Systématiquement, c’est toujours plus que l’année d’avant. Mais a-t-on toujours envie d’en voir plus ? Regardons l’échec de Pacific Rim : à quoi rime donc d’aller voir ces combats de monstres bien trop grands pour l’écran ? Tout le long de la projection, c’est la principale impression qui nous vient. Et à la fin, cest le sentiment qui reste : un sujet totalement inadapté au support de projection du film, même en IMAX 3D.

Il y a aussi cet échec sous-estimé du 3D-relief : contrairement au son, à la couleur, au format scope, à la projection numérique ou au 5.1, cette nouvelle technologie ne s’est absolument pas imposée et semble disparaître à nouveau – pour toujours ? Jamais un tel déploiement technique, réalisé à une si vaste échelle mondiale, et dans une durée si minime, ne s’est avéré un tel fiasco. En 2007, annonçait fièrement ne plus sortir que des films en 3D-relief. Aujourd’hui la mention a disparu des affiches et la plupart des projections sont en 2D.

Et pourtant, l’année a été riche dans le domaine des VFX : Le Loup de Wall Street fourmille de plans truqués… qui ne se voient (quasiment) pas :

Nymph()maniac est truffé de fausses verges hyper-réalistes et de raccords invisibles avec les doublures porno ; les comédiennes de La Vie d’Adèle portaient des prothèses vaginales. Le plus étonnant est que ce sont ici les comédiens ou le chef opérateur qui évoquent ces effets normaux : loin de discussions purement réservées aux spécialistes de la post-production, ces effets concernent aussi bien l’ensemble de l’équipe de tournage et intéressent, in fine, tout l’appareil critique.

On arrive ainsi à une ère de ce que Patrice Flichy qualifie d’objet-frontière : il y a d’abord eu « une phase d’indétermination dans les choix technologiques [où] une large gamme de possibles reste ouverte », où l’on a pu craindre que « la technologie [allait] nous sauver ou au contraire nous asservir ». Maintenant, « il s’agit de lever les ambiguïtés, de dissiper les confusions, de définir un objet au contour plus précis, de passer de l’utopie à la réalité, de l’abstraction à la concrétisation, de construire un objet frontière ». Il s’agit d’intégrer cet objet, les VFX, dans toute la chaîne de fabrication du film et les personnes qui l’accompagnent. Une rupture qui ne concerne pas seulement les geeks de la post-production mais tous les postes impliqués dans la fabrication d’un film.

Et vous, quel type d’effets êtes-vous ?