Censures

Slate ne fait pas que publier les critiques d’un des moins appréciables rejetons de cette pourtant honnête espèce, ils lancent aussi-parfois de bonnes enquêtes, comme cette série sur les films qui ne se feront jamais. Parmi celle-ci, on trouve notamment un article sur un certain Yves Boisset qui ne jouit plus, à l’heure actuelle, d’une grande médiatisation. Et pour cause…

À l’instar d’un Woody Allen ou d’un , sa filmographie comportait quasiment un film par an dans les années soixante-dix et quatre-vingts. En 2019, cela fait vingt-sept ans — respectivement dix — qu’il n’a plus rien produit pour le cinéma — ni la télévision. Une disparition qui coïncide, par un curieux hasard, avec ce net retrait de notre bon vieux pays du devant de la scène cinématographique déjà signalé plusieurs fois ici même.

Le parcours de Boisset est d’un commencement classique : une décennie d’assistanat, puis deux premiers films de genre assez dispensables qui lui permettent de se chauffer à la réalisation à la fin des années soixante. Évidemment, cela reste loin des expérimentations formelles des rejetons de la Nouvelle Vague, mais au niveau des fondements politiques, l’avantage de ceux-ci n’est pas encore acquis.

Et le Boisset va vite muscler son jeu : à partir d’Un condé, sorti en 1970, il multiplie les films sur des sujets qui dérangent, tant au niveau , donc, que judiciaire, médiatique, social et même psychologique. Jusqu’à cette fatale impasse, à vingt ans de carrière à peine.

Certains ont poliment statué qu’il a préféré se « consacrer pleinement » à la télévision lorsque ses films ont connu moins de succès malgré leur réussite. et d’autres confirment plutôt les raisons évoquées dans son autobiographie : l’évolution politique du milieu cinématographique français a peu à peu limité l’envergure des sujets abordables. De sorte que son projet phare sur l’évocation de la sous Giscard et Mitterrand n’a jamais aucune chance d’aboutir.

Nous ne connaissons pas mieux cet étrange bonhomme, franc-tireur individualiste, manquant parfois de finesse dans ses escarmouches, rêvant d’adapter tout en s’affichant au Figaro ou sur Radio Courtoisie, mais l’ est riche. Le monde du cinéma se nourrit essentiellement d’anecdotes, aussi bien derrière que sur l’écran, pouvant inspirer des chefs d’œuvres ou perpétuer les pires ragots. Mais qui permettent ici de comprendre en même temps la triste et subite disparition de ce cinéaste et une partie des raisons cet affaissement peu reluisant de la production tricolore.