Nous profitons de la sortie de l’odieux Tenet pour préciser en quoi un réalisateur aussi adulé que Christopher Nolan peut être qualifié de proto-fasciste et en quoi cela est plutôt révulsant. Comme le relève l’éminent Slavoj Žižek, c’est dans The Dark Knight Rises qu’éclate au grand jour, comme jamais, la dimension anti-démocratique de ce super-héros particulièrement ténébreux, mais qui vaut pour tous les autres super-héros Marvel, DC Comics, etc., et auquel semble complètement adhérer le scénariste-réalisateur-producteur à l’œuvre ici avec, comme souvent, son frère. Il faut se souvenir que ce film sort à peine un an après le mouvement Occupy Wall Street et ses prédécesseurs renommés, qui, quoique tous criticables sur bien des points, ont eu le mérite de ramener sur le devant de scènes nationales variées la notion de démocratie réelle.

Dans le dernier volet que l’auto-proclamé fils spirituel de Kubrick a consacré à la chauve-souris en collants, la position de ces forces de contestation est surprenante: la possibilité qu’aurait le « peuple de Gotham » de s’autogérer, de se débarasser de son oligarchie, financière, policière, politique, etc., pour tenter de se prendre en main en toute autonomie, est présentée comme le sinistre dessein du pire ennemi du , celui-là même — le seul ?  — qui lui a littéralement brisé le dos, un certain Bane auquel Tom Hardy prête, une fois de plus, sa musculature démultipliée. La récupération de symboles de la ne manque d’ailleurs pas, mais assortis d’une telle haine de toute possibilité démocratique que le meneur obligé d’un tel mouvement, pourtant horizontal dans son essence, aura également en tête de ravager la ville par une d’une puissance inégalée. Les frères Nolan font ainsi croire que tout mouvement politique devrait se ranger derrière un suprême , et que tout mouvement d’émancipation autogéré ne peut mener qu’à une terminale. Et ils continuent de se croire sur les traces de Stanley Kubrick

Illustration originale d’Eric Drooker