Une mise au point

Après avoir évoqué les caméras ultra portables ou le cinéma immersif, nous ne pouvons passer à côté de ce qui devrait être l‘une des prochaines révolutions dans le domaine des caméras : les caméras plénoptiques. Nous ne parlons pas ici d’une énième amélioration de la résolution ou de la sensibilité des appareils déjà existants. Mais d’une vraie révolution, en ce qu’elle supprime une des limitations les plus importantes et les plus anciennes : la .

C’est un phénomène que vous avez déjà éprouvé des millions de fois sans le savoir : regardez un objet très proche, comme le bout de votre nez, puis un autre très lointain, comme le ciel. Vous sentez que votre regard doit s’adapter pour passer de l’un à l’autre : outre le phénomène de stéréoscopie que tente d’imiter un certain cinéma en relief, l’œil, comme tout appareil optique, doit procéder à une mise au point. Les dispositifs classiques – yeux, appareils photo, caméras… – sont tous très limités dans leur conception : ils peuvent voir une certaine zone nette, mais absolument pas tout l’espace qui se présente à eux. C’est ce qu’on appelle la profondeur de champ, ce dont votre œil ou votre smartphone s’accomodent fort bien en faisant la mise au point automatiquement. Les appareils de prise de vue davantage professionnels permettent de jouer sur ce paramètre afin de justifier de leur prix de vente exorbitant d’obtenir de chouettes effets photographiques.

Ce phénomène est partie intégrante du cinéma moderne apparu autour des années soixante sous le nom de Nouvelle Vague et qui reprenait les propos d’André Bazin à ce sujet. D’un point de vue pratique, cette fonction est dévolue depuis les annnées 1910 au premier assistant opérateur, entièrement responsable de la netteté des images filmées. Inutile de présiser que ce rôle est des plus stressants et peut conduire à des situations peu confortables :

Depuis 2006, la société américaine Lytro s’attache à révolutionner cette pratique : s’appuyant sur la thèse de son cofondateur Ren Ng, elle commercialise la deuxième version d’une , dite plénoptique, qui permet de se passer de la mise au point à la prise de vue. S’appuyant sur la notion de champ de lumière, développée au dix-neuvième siècle et reprise en 1908 par Gabriel Lippmann, cette nouvelle classe d’appareils utilise un réseau de micro-lentilles permettant cette prouesse. Vous pouvez tester immédiatement les capacités de cet appareil sur cette animation :

Certes, à l’heure actuelle, cet appareil n’est encore capable de prendre que des photos. Mais les dirigeants de cette société ont clairement pour ambition de développer leur produit pour la vidéo, comme ils le détaillent dans un long article paru sur The Verge. D’autres sociétés importantes, telles que RED ou Adobe ont aussi effectué des annonces dans ce domaine, sans encore de commercialisation effective. Et la société Pelican tente d’imposer son développement dans nos smartphones. Ce n’est donc plus qu’une question de jours…

Et vous, pensez-vous que nos amis assistants opérateurs doivent commencer à s’inquiéter de leur  ?