On suit Stephen Follows ou tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le Festival de Cannes

Comme souvent, les antipodes permettent de mieux saisir certains événements, et rien de mieux qu’un Anglais perdu dans la banlieue de Londres pour comprendre le bouillonnement qui anime la Côte d’Azur ces jours-ci sous le nom de Festival de Can(al +)nes. Cet Anglais s’appelle Stephen Follows, et, en dehors de ses activités de producteur et scénariste, il analyse avec brio et force infographies les phénomènes actuels du cinéma mondial sur son blog. Cette semaine, il s’est évidemment penché sur le Festival de Cannes, qu’il a analysé avec justesse jusqu’à trouver la formule magique pour obtenir la Palme d’Or.

Outre des articles anecdotiques sur la probabilité qu’il pleuve pendant le Festival ou la proportion des films en langue anglaise, deux posts sont particulièrement intéressants cette année : le premier analyse les liens entre les réceptions critiques et publiques des films sélectionnés. Évidemment, la méthode, se basant sur les sites Mediacritic et IMDb, peut être contestable. Mais, consultant ces sites quotidiennement, nous l’admettons sans problème.

Il est évident que ces écarts font partie de l’histoire du festival, et que le jugement du critique esseulé et soûl du soleil méditerrannéen peut être légèrement différent de celui du public en nombre qui découvre le film dans la grisaille de l’automne. Cependant, sur toute l’histoire du festival, on constate que l’écart entre public et critique est grandissant : à une seule exception près, les vingt rejets les plus extrêmes de films que la critique avait mis en avant se concentrent dans les dix dernières années. Mention spéciale aux cuvées 2007 et 2014 particulièrement discriminantes. Cette année, les louanges que certains ont encore décernées au dernier film d’Apichatpong Weerasethakul risque de ne pas être suivies par un public bombardé de films de superhéros.

Mais le plus surprenant vient d’un autre article qui se penche sur les films qui réussissent à Cannes. Je vous les résume brièvement : on se doute évidemment que les drames dominent le genre de la compétition : à 84 % précisément, et même 93 % depuis 2010. On se doute évidemment que Wild Bunch ne domine pas que les Oscars, mais de là à deviner qu’ils détiennent près de 20 % des ventes du marché du film cannois sur ces quinze dernières années, le deuxième parvenant à peine à 8 %… On se doute que les films français peuvent être légèrement favorisés, et vu le passé de notre pays en la matière, il n’y aurait pas de quoi avoir honte.

Sauf que… ce favoritisme s’est nettement accru depuis les années soixante-dix seulement, et continue d’augmenter régulièrement. Vu l'état actuel de notre production, il n’y a pourtant pas de quoi pavoiser… Enfin, pour terminer en beauté, l’auteur de ces articles reprend toutes ces données pour décrire le film parfait… selon le  :

C’est un drame Français intitulé Ma vie pour une femme. Ken Loach le réalise sur un scénario de Jean-Claude Carrière, aidé par Tonino Guerra et Cesare Zavattini. Les principaux rôles sont interprétés par Michel Piccoli, Isabelle Huppert et Gérard Depardieu . Alain Sarde produit l’œuvre et engage, évidemment son frère Philippe Sarde pour en composer la musique. L’histoire, elle, parle d’amour et de mort, d’un homme qui doit choisir entre deux femmes, sa compagne et sa fille, et qui doit régler ses relations avec son père, maintenant mort.

Un petit air de déjà-vu, non ?